CSEF Mons
Comité Subrégional
de l’Emploi et de
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Lettre d'information :

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Interview Cindy Daubechies et Augusto Murillo pour l’UMH pour la Newsletter CSEF

 

L'équipe du CSEF revient avec Cindy DAUBECHIES et Augusto MURILLO, chercheurs à l'Université de Mons-Hainaut et chevilles ouvrières de l'action, sur les grandes lignes du projet d'animation 'écoute et participation des bénéficiaires du DIISP' mené en 2008 sur l'arrondissement de Mons.

 

CSEF : Au terme du projet, quels constats transversaux tirez-vous par rapport à l’ensemble des projets écoute et participation des stagiaires qui ont été suivis ?

 

Nous avons pris conscience du besoin d’écoute active et de participation à tous les niveaux pour les acteurs de l’insertion socioprofessionnelle. Ce constat implique l’ouverture au dialogue. En effet, une personne peut se sentir écoutée et comprise lorsqu’elle reçoit un retour de sa parole.

 

Nous avons aussi constaté la nécessité de diffuser des outils de travail et des orientations méthodologiques aux formateurs et aux animateurs. En effet, les travailleurs, dont la mission est le soutien aux populations vulnérables, rencontrent quantité de difficultés à bien exercer leur métier. Face à l’importance des problèmes humains, ils se retrouvent parfois démunis. Au-delà d’un soutien matériel et logistique, les personnes ont également besoin d’un soutien moral et pédagogique.

 

Le projet a permis de mieux comprendre et de prendre conscience de l’importance du rôle des opérateurs. En effet, leur implication dans le projet demande un investissement de leur part. Les groupes de stagiaires changent et évoluent. Les opérateurs ont conscience de ce mouvement et doivent adapter leur méthodologie de travail, de manière continue. Il en est de même pour le projet. En conséquence, le projet Ecoute et participation se doit de rester ouvert au changement en s’adaptant aux besoins et aux situations spécifiques des organismes.

 

Cependant, plusieurs freins entravent la création de dispositifs d’écoute et de participation dans les organismes. Tout d’abord, la nécessité d’un soutien moral et pédagogique des travailleurs de terrain et le manque de moyens humains et matériels. Un autre obstacle se situe au niveau des effets concrets des pratiques d’écoute et de participation. Nous avons pu constater la nécessité du travail qualitatif des organismes autour du développement personnel des bénéficiaires. Le décalage très important entre le besoin d’un travail qualitatif de la part des bénéficiaires, c’est-à-dire des contacts et des accompagnements accrus et personnalisés, est confronté aux dispositifs orientés vers le travail quantitatif et le contrôle, mis en place par le pouvoir politique. De plus, les effets des pratiques d’écoute et de participation sont difficiles à appréhender, de manière quantitative, sous forme de résultats concrets à présenter aux pouvoirs subsidiants. Enfin, une autre difficulté pour la mise en œuvre de ce projet est que les concepts d’écoute et de participation ont des significations différentes, selon les organismes qui les perçoivent.

 

CSEF : Comment l’action a-t-elle été accueillie au niveau des stagiaires et des organismes, notamment par rapport à la volonté d’aborder des thématiques transversales les touchant peut-être de manière moins immédiate et concrète ?

 

Le projet Ecoute et participation a été accueilli de manière positive dans tous les organismes participants. Le recueil de la parole transversale des bénéficiaires a permis d’apporter des connaissances plus profondes et globales de leurs besoins. Ces derniers ne sont plus confinés au niveau interne du groupe ou de l’organisme mais prennent une dimension transversale.

 

Beaucoup de stagiaires ont exprimé les constats, les difficultés et le sentiment positif ou négatif qu’évoque pour eux, le parcours d’insertion socioprofessionnelle. L’attente de la majorité d’entre eux est que cette parole ne soit pas lettre morte et puisse être relayée vers les personnes concernées, notamment au niveau politique. Paradoxalement, peu de bénéficiaires connaissent l’existence même du DIISP. Par conséquent, le besoin d’ouvrir un dialogue et des réseaux de communication entre les bénéficiaires, les opérateurs et les responsables des politiques de l’emploi se révèle être une nécessité.

 

CSEF : Une des difficultés de cette action pilote a été d’approcher la formation qualifiante, comment l’expliquez-vous et comment y remédier ?

 

Nous avons eu plusieurs contacts avec les Ecoles de Promotion Sociale de la sous-région ainsi qu’avec le Forem Formation. Un travail préalable de réflexion a été mis en place avec ceux-ci. Le contexte dans lequel va s’inscrire le projet est particulier. Le fonctionnement d’une école ou du Forem Formation est différent de celui d’un organisme de préformation ; il s’agit de structures d’enseignement et de formation. Le cadre scolaire implique des contraintes à respecter. Par conséquent, il est très difficile de dégager des plages horaires pour la création de dispositifs d’écoute et de participation.

 

Nous avons constaté que les démarches d’écoute et de participation développées par la formation préqualifiante ne peuvent pas être transposées à la formation qualifiante. Cette dernière nécessite le développement de nouvelles méthodologies adaptées.

 

D’une manière générale, les enseignants ou les formateurs collaborent et s’investissent dans certaines initiatives, la plupart du temps, bénévoles. Ils peuvent assurer un relais, un soutien aux projets pédagogiques.

 

Pour la suite, une solution au niveau de la formation qualifiante pourrait être d’identifier un noyau restreint de personnes réceptives aux principes d’écoute et de participation, sur lesquels il serait possible de s’appuyer pour démarrer une expérience pilote. En effet, nous pensons qu’il est préférable de tirer profit d’expériences d’écoute et de participation à petites échelles, qui puissent motiver quelques personnes à s’investir. Celles-ci pourraient, par la suite, s’élargir à davantage d’individus. La sensibilisation des enseignants et des formateurs à la mise en place de dispositifs d’écoute et de participation est également indispensable. La réflexion reste ouverte. Dans tous les cas, il s’agit d’un long travail de préparation à mettre en place.

 

CSEF : Quels sont à votre sens, les points forts qui ressortent de cette action notamment en terme de production concrète ?

 

La CCSR élargie aux stagiaires est un premier exercice pour la sous-région. Au cours de la recherche-action, il nous est apparu essentiel de créer un espace de rencontre entre les différents acteurs. La création de cet espace est apparue, petit à petit, au fil du développement des actions qui ont évolué sur le terrain. Le choix s’est porté sur une rencontre entre les bénéficiaires et les acteurs de terrain. La CCSR élargie aux stagiaires a fait en sorte que les acteurs de l’insertion socioprofessionnelle et les demandeurs d’emploi puissent entrer en dialogue. Dans ce sens, la CCSR a permis d’être à l’écoute des représentants des stagiaires. Ceux-ci ont exprimé les constats, les réussites, les difficultés qu’ils vivent au quotidien, dans leur parcours d’insertion. C’est un exercice positif d’écoute et de participation citoyenne qu’il est nécessaire de poursuivre, notamment par l’exploitation du cahier d’interpellations réalisé d’après les présentations des représentants et les échanges avec les membres de la CCSR. Celui-ci a plusieurs objectifs, notamment celui d’interpeller les différents acteurs locaux pour qu’une réponse collective soit apportée à certains constats 

 

Un autre point important, et  qu'il faudra continuer à développer durant la suite de cette action, est l’élaboration d’un catalogue d’outils et de bonnes pratiques destiné aux opérateurs de l’insertion socioprofessionnelle.

 

 

CSEF : Quels enjeux et perspectives identifiez-vous par rapport à la poursuite de l’action ?

 

En ce qui concerne les enjeux et les perspectives, il serait essentiel que la recherche-action continue de s’élargir et puisse toucher d’autres organismes de formation et d’insertion. L’aménagement d’espaces et de réseaux d’échanges entre la formation préqualifiante et qualifiante pourrait contribuer à créer une approche plus adaptée à la réalité et aux besoins du secteur de l’insertion socioprofessionnelle.

 

De plus, il y a nécessité de dépasser les constats réalisés au cours de cette recherche-action, en 2008, afin de travailler à différents niveaux : développer des actions concrètes sur le terrain ; engager des relais vers le pouvoir politique ; déployer des actions à l’échelle locale afin que les acteurs du secteur de l’insertion socioprofessionnelle puissent apporter une réponse concrète aux attentes exprimées lors du projet Ecoute et participation.

 

De même pour le catalogue d’outils et de bonnes pratiques d’écoute et de participation, l’objectif serait d’étoffer le catalogue et de répondre à l’attente qualitative des opérateurs en terme méthodologique. L’idée de créer des groupes de travail inter-opérateurs sur le sujet pourrait par exemple être envisagée.