Le Projet « Revalorisation Active de l'image des métiers techniques et de l’Enseignement Qualifiant » développé durant l’année scolaire 2010/2011 par l’Instance de Pilotage Inter- réseaux de l’Enseignement Qualifiant (IPIEQ) de la zone Mons-Centre, est arrivé à son terme en juin dernier. L’équipe CSEF a rencontré Christophe JOLY et Réginald VAN WAYENBERGH, chargés de projet, pour tirer le bilan de l’opération.
CSEF : Pourriez-vous tout d’abord rappeler, en quelques lignes, en quoi consistait cette action de « Revalorisation Active de l'image des métiers techniques et de l’Enseignement Qualifiant »
Christophe et Réginald : Par rapport aux enjeux relatifs à l’enseignement qualifiant et à la pénurie de personnes qualifiées sur notre zone, principalement dans 3 secteurs (Industrie, Construction et Hôtellerie-Alimentation), les membres de l’IPIEQ ont souhaité travailler prioritairement sur le déficit d’image dont souffre l’enseignement qualifiant auprès des élèves et de leurs parents. Les élèves de 6e primaire et de 2e secondaire (établissements exclusivement d’enseignement général) furent choisis afin de leur montrer qu’il existe une alternative à l’enseignement purement général.
Pour les sensibiliser aux métiers manuels, nous avons choisi 3 actions différentes qui se sont étalées de février à mai 2011 :
1 Tout d’abord, des séances d’impro (Improforum), mises en scène par la Compagnie du Chambard, ont permis d’initier la discussion sur leurs choix de métiers.
2 Ensuite, les élèves furent invités à visiter deux entreprises (Bridgestone Aircraft – Lutosa ou Technofutur Industrie à Gosselies). Dans ce Centre de Compétence, les élèves étaient initiés de manière pratique à la plasturgie et à la soudure (Action Technokids développée par le centre).
3 Enfin, divers établissements secondaires qualifiants ont proposés des ateliers pratiques sur les différents métiers en pénurie. Les élèves pouvaient découvrir jusqu’à six métiers par jour ! Lors de ces journées découvertes des métiers, l’Instance a mis à disposition des activités ou du matériel que l’école ne possédait pas (la remorque solaire « Solartherm », le « startruck », le matériel Ecokids) ; avec évidemment pour but, de montrer un éventail, le plus large possible, des formations du qualifiant.
CSEF : Quel bilan chiffré tirez-vous de cette action, en termes de participation et de satisfaction notamment ?
Christophe et Réginald : Sur les 6.600 élèves potentiels (dont environ 4.900 de 6e primaire), nous avons eu 22 % de taux de participation. Ce pourcentage monte à 27 % pour les enfants terminant l’enseignement fondamental. Ce sont donc quelques 1.500 élèves qui ont participé à notre opération :
- 82 % des élèves participants ont suivi les journées découvertes des métiers et 20 % chacune des deux autres actions.
- En termes d'établissements scolaires, 30 % des écoles primaires et secondaires (non qualifiantes) et 30 % des établissements qui proposent un enseignement secondaire qualifiant.
Par rapport à l’enthousiasme, plus de 95 % des participants étaient satisfaits de l'improforum, de la visite en entreprises et de la journée découverte des métiers. 75 % des élèves et des enseignants se sont montrés satisfaits des activités présentées au Centre de compétence Technofutur.
Nous avons également évalué l'impact sur l'opinion vis-à-vis de l'enseignement qualifiant et des métiers manuels. Il s'est avéré qu'après la visite en entreprise, 95 % des opinions avaient changé favorablement. L'action Technokids a modifié positivement près de 70 % l'opinion des participants.
Quant aux journées découvertes des métiers, 50 % des participants ont développé un intérêt positif concernant la filière qualifiante et les métiers manuels après l'activité. Cependant, il faut également tenir compte des 25 % des participants qui avaient déjà une opinion favorable avant d'y participer.
Nous pouvons en conclure que des actions de sensibilisation telles que nous les avons menées dans le projet peuvent contribuer à modifier l'image défavorable des métiers techniques et manuels.
CSEF : En ce qui concerne la plus-value du projet, si vous deviez mettre en avant 3 apports particulièrement positifs de l’action, quels seraient-ils ?
Christophe et Réginald : Comme expliqué précédemment, un des apports positif des actions de sensibilisation est qu'elles ont changés positivement l'opinion des participants (élèves et enseignants) vis à vis des métiers manuels et de l'enseignement qui conduit à leur pratique.
Un deuxième apport positif, c'est que l'inter-réseaux peut fonctionner. Plusieurs éléments peuvent le confirmer comme lors des journées découvertes des métiers à Soignies où il y a eu un véritable partenariat entre deux établissements de réseaux différents (partage des élèves et des activités proposées sur une journée). Egalement le fait que nous sommes tous les deux professeurs dans des réseaux distincts et que nous avons pu mener à bien ce projet grâce aux nombreux partenaires du monde socio-économique de l’IPIEQ comme le CSEF et le FOREM. Cette mise en lien des mondes de l’enseignement et de l’emploi nous semble donc le troisième élément positif à mettre en évidence.
CSEF : Une première édition d’un projet s’accompagne forcément d’un lot de difficultés et de blocages, sur le même principe que la question précédente, quels sont les 3 principaux freins que vous mettriez en avant ?
Christophe et Réginald : Tout d'abord, les IPIEQs sont inconnues de la plupart des établissements scolaires. Cette méconnaissance a pu freiner la participation aux actions proposées.
Ensuite, lors du projet, nous avons ressenti de la frilosité vis-à-vis de l’Inter-réseaux que ce soit dans l’enseignement secondaire, dans l’enseignement primaire ou de la part de certains parents. Les vielles habitudes ont la vie dure.
Enfin, les réseaux de l’IPIEQ n’ont pas suffisamment été exploités, ce qui explique que nous n’avons pas pu avoir, comme nous l’avions souhaité au départ du projet, des témoignages de patrons d’entreprises, de professionnels des métiers visés par rapport à leur parcours réussi au départ de l’enseignement qualifiant. C’est incontestablement un aspect du projet qu’il faudra remettre en avant lors d’une prochaine édition :
CSEF : Si l’action de terrain s’est terminée en juin dernier, le projet continue à porter ses effets notamment au travers d’outils de communication accessibles à tous. Pourriez-vous donner quelques détails par rapport à ceux-ci en rappelant notamment où et comment les consulter ?
Christophe et Réginald : En parallèle des actions de sensibilisation, l’Instance avait choisi de développer différents outils de communication, jusqu’à présent, la campagne « L’enseignement : l’avenir c’est deux mains » en partenariat avec les deux télévisions locales (TéléMB - Antenne Centre) et l’ASBL Skillsbelgium. Cette campagne comprend une série de 10 reportages sur le qualifiant et les métiers en pénurie et un débat sur ce thème. Elle a été diffusée en juin 2011 et rediffusée début septembre. Les reportages métiers et le débat sur support DVD sont disponibles sur simple demande - Commander les DVD
D’autres outils seront quant à eux disponibles courant de cette année scolaire.
Deux folders (un pour Mons-Borinage et l’autre pour le Centre) présenteront l’offre de formation qualifiante en fonction des communes et des secteurs professionnels.
Un DVD compilera l’information reprise sur les folders et la campagne de communication mais aussi des liens vers les partenaires de notre action.
CSEF : Une nouvelle année scolaire commence, quid d’une réédition de l’action auprès des élèves de la zone Mons-Centre ?
Christophe et Réginald : Dés le départ, le projet était prévu comme un « one-shot » par la Communauté française. Peut-être que cette initiative sera réitérée pendant l’année scolaire 2012-2013. Cependant vu l’intérêt et surtout l’enthousiasme que le projet a suscité, les membres de l’IPIEQ ont introduit une demande dans le cadre du projet « Cœur du Hainaut, Centre d’énergies » dans le but de pérenniser nos actions. Il a été sélectionné en tant qu’action phare. Nous espérons donc toujours qu’une solution sera trouvée pour permettre le renouvellement de l’action dès cette année scolaire.